Dans un sol vivant, l'ensemble de la vie microbienne se renouvelle de deux à trois fois par mois. Un nouvel humus est ainsi constitué à partir des cadavres de microbes. Il est le résultat d'interactions multiples de transformations inorganiques et de décompositions organiques. L'humus contient notamment beaucoup de carbone, d'acide humiques, d'acides aminés, de vitamines et d'hormones naturelles issus des résidus métaboliques des petits animaux, bactéries, moisissures et champignons microscopiques. Ces micro-organismes améliorent la croissance et la qualité tant interne qu'externe des plantes rien qu'avec leurs sécrétions. Le résultat pour ce qui concerne notre alimentation sera une "qualité optimale". Les microbes fabriquent également des substances antibiotiques ou éliminent des germes pathogènes. L'humus est donc aussi une sorte de filtre biologique du sol.
La biosphère est le milieu dans lequel la vie est possible. Elle comprend:
- l'atmosphère (domaine de l'air)
- l'hydrosphère (domaine de l'eau)
- l'humusphère (domaine du sol vivant)
- La partie en apparence inanimée de notre planète s'appelle la lithosphère (domaine de la pierre).
Dans l'humusphère, les organismes se combinent, s'organisent, se reproduisent, meurent et se décomposent dans un cycle perpétuel pour former de nouvelles combinaisons. Les spécificités liées à leur espèce et leur genre sont cependant préservées et transmises. Leur potentiel biologique est ce que nous appelons fertilité. Bien que nous tirions notre subsistance de cette partie de la biosphère, nous connaissons à peine le milieu mystérieux dans lequel se produit ce merveilleux travail. De ce point de vue, nous ne pouvons qu'être honteux de l'indifférence et de l'inconscience avec laquelle nous traitons souvent notre "terre mère* qui nous nourrit, si bouillonnante de vie, comme si elle était une marchandise inerte.
Production d'humus sur plusieurs étages
La fertilité du sol est le résultat du cycle vivant "alimentation du sol - formation de terre arable - activités de la rhizosphère - végétation - alimentation du sol". Durant ces processus, les substances organiques et inorganiques sont transformées en nutriments macromoléculaires assimilables par les plantes. La saison chaude est la phase active pour cette création d'une terre pleine de vitalité (au repos en hiver). En l'espace de quelques jours, nombreuses variétés de petits êtres vivants se multiplient pour devenir des millions à une vitesse astronomique. Ils s'attelleront à la préparation des trois couches ou zones de l'humusphère en vue de la croissance des plantes
Le sol est en effet constitué de différentes zones, ou couches, dont l'épaisseur pout varier en fonction de leur nature.

1. La litière (couche supérieure, de 1 à 3 cm) est par nature toujours recouverte de végétation ou de ses résidus, par exemple des feuilles mortes, qui protègent les microbes de la lumière, du dessèchement et des variations de température. Elle offre la chaleur nécessaire à l'éclosion de la petite vie animale du sol. à ce niveau, les éléments organiques sont encore à peu près identifiables et une vie très diversifiée peut se développer. Les cloportes, collemboles, vers de terre et autres petits animaux se chargent, en fouissant la terre, d'y aménager des fentes et des poches d'air qui faciliteront la circulation des gaz. Des champignons de la catégorie des levures et moisissures sont également à l'œuvre. Sans ce travail préparatoire, les microbes manqueraient d'espace vital et seraient gênés par leurs propres déchets. Ces "artisans de la transformation" mangent out ce qui est organique. Ils restent en éveil aussi longtemps qu'on leur fournit régulièrement du matériel végétal en fines couches de 1 à 2 centimètres. Serons nous de bons "fournisseurs" pour ces compagnons pleins de zèle, ou bien allons nous les détruire avec nos engrais chimiques?
2. La zone de décomposition cellulaire: dans la couche de 3 à 8 centimètres qui se trouve sous la litière, des bactéries schizomycètes, des vers de terre et des microbes transforment la matière un peu fine qui provient de la litière, et que l’eau transporte jusqu’à elle lors de son parcours vers la couche minérale supérieure, en une terre d’une granulométrie un peu plus épaisse, mais … moins souple. C’est la « zone de décomposition cellulaire». C’est là qu’une multitude de petits organismes vivants, opposés dans leur fonctionnement mais œuvrant en bonne harmonie, poursuivent le travail de transformation de la matière organique. Les cadavres des microbes et les déjections des animaux vivants dans la terre agglomèrent la poussière issue de l’érosion en une matière « granuleuse » qui ménage des espaces vides: c’est ainsi que se constitue une structure poreuse assez grossière. Sous l’œil d’un microscope à fond noir, la communauté de travail de ces microbes émet une lumière vert clair. La zone de décomposition cellulaire contient encore beaucoup de substances issues du processus de transformation et qui sont hostiles aux plantes. Les racines évitent ce milieu, parce que les microbes qui s’y séjournent traiteraient les radicelles comme du déchet organique et, tout bonnement, les consommeraient. De même, la plupart des semences germent difficilement, voire pas du tout, dans cet environnement. Après avoir accompli leur mission, les « travailleurs » de la zone de décomposition cellulaire se reposent.
3. La zone de décomposition plasmatique ou macromoléculaire: c’est la couche la plus épaisse (de quelques centimètres à plus de 50 cm avec une moyenne de 30 cm). Il ne reste plus ici que quelques rares spécimens de bactéries et petits organismes natifs de la zone de décomposition cellulaire car ceux-ci ont déjà accompli leur mission. Dans cette zone les cellules entrent dans une phase macromoléculaire. Le grain de la couche est fin, les structures cellulaires sont dissoutes. Les fines particules observées au microscope à fond noir nous apparaissent de rouge à jaune orangé. Le rapport carbone/azote (C/N) est serré (10 pour 1) et signale une grande fertilité. La frontière entre zone de décomposition cellulaire et zone de décomposition macromoléculaire est cependant fluide.
Cette zone de décomposition macromoléculaire peut contenir d’incroyables quantités d’eau. Elle stocke des nutriments jusqu’après le repos végétal hivernal. Il s’y constitue ce tissu que nous nommons « humus » et qui, selon Aristote, était « l’estomac des plantes ». Tandis que les animaux et les humains sont équipés (organes de la mastication, estomac, intestins) pour transformer les aliments, les plantes ne pourront digérer les substances cellulaires de la terre qu’après leur transformation en macromolécules dans la zone de décomposition macromoléculaire. Les racines se sentent très à l’aise dans ce milieu et déploient aussitôt les poils absorbants qui leur permettent de capter la nourriture. Une table bien garnie d’une nourriture des plus élaborées les y attend. C’est dans cette zone que vit la flore sensible et exigeante de la rhizosphère, en symbiose intense avec les racines des plantes.
Dans des conditions idéales, une terre pleine de vitalité contient plus de 60% de son volume total en eau. Une surface d’un mètre carré peut contenir plus de 200 litres d’eau sans qu’il n’y ait de stagnation. Avec 50%, la terre semble tout juste humide, avec 20% elle nous paraît entièrement sèche. Actuellement, la terre affaiblie d’un jardin ou d’un champ traité de façon conventionnelle ne contient plus que 10 à 25% d’eau.
Les pilosités des racines présentes dans un mètre carré de terre, sur une profondeur de 30 centimètres, couvriraient si on les déployait une surface impressionnante de 80 à 100 m2
La rhizosphère est la zone à l’intérieur de la zone de décomposition macromoléculaire où les racines jouent pour les végétaux le rôle d’organe d’absorption, un peu comme les villosités de l’appareil digestif chez l’animal ou chez l’humain. De plus, la fine pilosité des radicelles s’enroule autour des petites mottes de terre et les consolide. Lorsque les premiers cotylédons d’une graine en germination verdissent à la lumière (c.-à-d. fabriquent de la chlorophylle) ou que des plants s’enracinent, une flore bactérienne très active se développe à toute allure dans cette zone de décomposition macromoléculaire en principe plutôt pauvre en cellules. Ces bactéries et mycètes constitueront une flore lactique, identique à celle que l’on retrouve dans l’appareil digestif animal et humain. Herwig Pommersche les définit ainsi : « Ils sont les fournisseurs en nutriments, que ce soit pour les muqueuses des intestins ou celles des racines. » Plus le sol contiendra de ces symbiotes, plus il sera fertile. Comme dans la circulation sanguine chez l’homme, les petites particules minérales – dissoutes par les bactéries lactiques et transformées en nutriments – seront acheminées par l’eau vers la plante en utilisant les pilosités de la racine. En échange de ces services, la plante fournira à la flore lactique des assimilats (variété de sucres) qui proviennent de la production de chlorophylle de ses parties vertes.
Les substances humiques sont des produits secondaires (cellulose, fibres) qui ne peuvent être digérés. Elles n’ont pas de valeur nutritive pour les plantes mais constituent, tout comme les cristaux d’argile, le « corset » et la substance de remplissage qui donnent à une bonne terre sa stabilité. Par ailleurs, elles nourrissent les microbes. Les sols marécageux riches en humus et les tourbières sont les vestiges fibreux d’une terre autrefois active et fertile.
Extrait du livre "Les micro-organismes efficaces au quotidien" de Anne Lorch
Ce livre, dans lequel chacun pourra glaner ce qui l’intéresse, est richement illustré et clairement structuré. Que vous veniez de découvrir l’existence des micro-organismes efficaces ou que vous en soyez un utilisateur expérimenté, cet ouvrage sera un guide indispensable.
Auteur: Anne Lorch
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